Interviews de
Guns N' Roses
Duff live à Rio en 1991Alors que nous survolions l'Amérique centrale, le pilote est venu nous dire que les Etats-Unis avaient attaqué l'Irak dans une opération que le Pentagone avait appelé « Tempête du Désert ». Nous étions le 17 janvier 1991.

Avant que l'Internet ne devienne l'outil que nous connaissons aujourd’hui, avant que les ordinateurs n'arrivent dans chaque foyer, faire des concerts de rock dans des endroits reculés du globe comme le Brésil était encore considéré comme une entreprise bien exotique. Descendre là-bas pour être en tête d'affiche, deux soirs de suite, au festival Rock in Rio était assez surréaliste.  Nous n'avions aucune idée si Guns N'Roses avait des fans dans cette partie du monde.

Mes premiers voyages dans beaucoup de pays étrangers étaient dus à la popularité croissante de mon groupe.  Quand nous arrivions dans un nouvel endroit, nous avions une idée assez claire du nombre de nos fans parce que nous savions combien nous avions vendus d'album dans ces régions du monde (oui, les artistes à cette époque, vendaient des disques !). Cependant, en Amérique du Sud, à l'époque et aujourd’hui encore, les disques, les cds les T-Shirts et tout autre article étaient pirates. Résultat, sans les « hits » MySpace ou sans compteurs de nos suiveurs sur Twitter, nous ne savions vraiment pas combien de fans allaient se pointer à nos concerts.

Je déteste prendre l'avion. J'ai toujours été claustrophobe. Un avion, c'est un tube de métal sans possibilité de sortie. J'avais pour habitude de soigner mon état avec tout ce qui me tombait sous la main. Après un long voyage comme celui-ci, le va et vient constant, je suis complètement épuisé. L’avion atterrit et des milliers de fans hautement émotifs nous attendaient. J'étais bouleversé. Ils étaient  ravis. Je me sentais comme un putain de martien après avoir voyagé pendant si longtemps en remplissant mon corps de produits abrutissants. Ce n'est qu'une fois arrivé à l'hôtel que j'ai pu commencer à penser à tout ce qui venait de se passer.

Aussi drôle que cela puisse paraître maintenant, Billy Idol était une référence pour moi. Il n'en a jamais rien su et nous n'étions pas vraiment proches mais je le connaissais assez et je savais qu’il jouait également au RIR.  Parfois, je me sentais, dans mon propre groupe, complètement seul et exclu. Le fait que Billy soit là m'a donné un sentiment de solidité en quelque sorte.

Si j'étais capable de peindre un tableau illustrant ce que c’est que de tourner constamment, d'être claustrophobe, d'être adoré et aimé, d'être trimballé et d'aimer en retour aussi fort qu'on le peut tout en replissant son corps avec tout ce qui existe de mauvais, ça ressemblerait à une sorte d'échelle renversée tenue par une agent bouffi des douanes américaines, le tout avec mon nom écrit en  grosses lettres en tête de liste des personnes à appréhender. J’ai souffert d'une perte graduelle et régulière de ma santé mentale pendant environ trois ou quatre années au début de ma carrière. Des choses qui me semblent totalement dingues aujourd’hui étaient à l’époque totalement normales, des moments hilarants.

J'en reviens au  fait de savoir si nous avions ou non des fans au Brésil. Apparemment c'était le cas, nous en avions et beaucoup. Le stade Maracaña de Rio est l'un des plus grands stades au monde et nous y jouions deux soirs de suite.

L'année qui précédait ces deux concerts, nous avions, malheureusement, du remplacer Steven Adler notre batteur d'origine à cause de gros problèmes de drogues. Nous étions alors prêts à terminer notre nouvel album et repartir en tournée. La providence nous a gâté lorsque nous avons trouvé Matt Sorum qui jouait auparavant avec The Cult. Matt est un super batteur et il avait la carrure et le courage de nous suivre. Ces deux concerts à Rio, 175 000 fans chaque soir, étaient les premiers pour Matt en tant que batteur de GNR. Le baptême du feu ? sous stéroïdes.

Ces deux premiers concerts ont vu débuter une longue relation amoureuse avec la place que je m'étais choisi dans le métier et avec l’Amérique du sud dans son ensemble.  Lors de ce premier voyage je me suis rendu compte que les fans de là-bas avaient une vraie passion pour le rock et pour la vie en général. Cette première incursion m’a laissé des souvenirs durables, bons et mauvais je suppose.

Je grimace parfois quand des gens supposent combien mon groupe était géant à cette époque. Comme nous devions nous sentir comme des princes, comme si nous avions carte blanche pour tout. Pour moi, c’est l'éternelle histoire du : « tu veux toujours ce que tu ne peux avoir ». A l’époque, il y a des amis avec qui j'aurais échangé ma place. Des amis dont les vies semblaient normales, sur les rails alors que la mienne semblait partir en vrille.

Le plus drôle c’est : avoir survécu à tout ça et avoir appris les dures leçons de la vie, la vie, comme pour tout le monde, c’est vraiment ce que tu en fais. Les moments de vertiges et de claustrophobies sont toujours présents en moi. Mais ce ne sont plus eux qui me contrôlent.


Source : http://www.seattleweekly.com/2010-01-06/music/rio-fame/

Traduit de l'anglais par Rain pour GNRFrance.net. Merci de ne pas utiliser sans autorisation.
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